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Une société zéro carbone peut être une histoire formidable. Une histoire d’innovation, de découvertes, d’entrepreneuriat, d’emplois, d’inclusion et de créativité.
Nicholas Stern, ancien ministre des Finances travailliste de la Grande-Bretagne et ancien VP de la Banque mondiale

Il s’agit probablement de la phrase la plus inspirante, constructive et volontariste que j’ai entendu lors de la COP24 à Katowice. Dans tous les scénarios catastrophes qui planent au-dessus de nos têtes, et qui sont aujourd’hui les plus plausibles, il fait du bien de se faire rappeler qu’un sursaut, un effort collectif, nous permettrait encore de donner le coup de barre nécessaire.

Il s’agissait pour moi de ma premières participation à ces grandes messes onusiennes sur le réchauffement climatique, et laissez-moi vous dire que c’est extrêmement instructif mais à la fois difficile à décrire dû à son ampleur. En tout, les représentants de près de 200 pays étaient présents, en plus du leadership du pays hôte. On parle de près de 20 000 personnes au total. Des gouvernements, mais surtout la société civile : groupes environnementaux, syndicats, entreprises, premières nations, investisseurs, associations de femmes ou de jeunes. Un joyeux bordel qui peut sombrer dans la paralysie ou l’éclatement du choc des idées et des projets qui nous font progresser.

Une COP technique?

Si la Conférence des parties (COP) de Paris consistait à trouver un objectif commun global, soit d’éviter un réchauffement de plus de 1,5 ou même 2 degrés, celle de Katowice visait les règles d’application de cet objectif via le «rule book». Car il ne sert à rien d’avoir des objectifs sans moyens de les mettre en œuvre. Et ces règles doivent être équivalentes, comparables et vérifiables entre les pays. Et c’est là où tout se complique.

En fait, ce sommet devait répondre à des questions politiques par des réponses techniques. Sans entrer dans les détails voici en bref les sujets qui étaient l’enjeu des pourparlers. Les modalités des NDC (Nationally Determined Contributions), c’est-à-dire ce qui doit être inclus dans le calcul des diminutions de GES de chaque pays, avec différenciation entre pays développés ou en développement; le dialogue de Talanoa; les règles des marchés; les transferts financiers vers les pays les plus pauvres pour la transition, mais aussi les mesures d’adaptation et d’atténuation; la place des premières nations; et enfin les règles de transparence et de redditions de compte.

Je veux m’attarder un peu sur ce dernier enjeu pour montrer les difficultés relatives de composer avec autant de pays qui ont des réalités si différentes. Évidemment, les pays veulent pouvoir vérifier si les autres font les efforts nécessaires, où ils en sont rendus et s’ils atteignent leurs objectifs.

Cependant, certains États ont des problèmes institutionnels tels que la cueillette de données et la fiabilité de leurs chiffres. Ainsi, ils demandent une «flexibilité» dans cette transparence. Les pays développés sont généralement d’accord mais demandent à leur tour une limite dans le temps ou une clause crépusculaire à cette permission spéciale.

Le concept de « Transition Juste »

Comment s’assurer que cette transition énergétique ne se fasse pas sur le dos des travailleurs, des travailleuses et des plus démunis? Comme l’a déclaré l’ancien ministre français et ex-président de la COP21, Laurent Fabius, un monde plus chaud de 3°C serait foncièrement plus injuste. Mais ce n’est pas une raison pour laisser tomber des familles et des communautés en prenant ce virage.

Le mouvement syndical québécois, canadien et international, a donc constamment insisté sur une transition juste pour les salariés. On pense ici à la formation de la main-d’oeuvre et à des investissements publics et privés afin de créer, dès aujourd’hui, les nouveaux emplois dans une économie sobre en carbone.

Et là-dessus, le Canada est à la traîne. J’ai eu la chance de participer à des rencontres avec des syndicats de Nouvelle-Zélande et de Norvège et… Nous avons beaucoup d’efforts à faire ici chez nous!

Il faut expliquer aux travailleuses et travailleurs de l’industrie des combustibles fossiles que leurs défis sont les défis de tous. Comme on doit, sans plus tarder, prendre un virage énergétique propre, un emploi qui disparaît est un emploi qui doit être remplacé, et ce, immédiatement ou à très court terme avec une période de formation.

Car même quand c’est bien fait, avec un filet social, des cours d’appoint et un emploi au bout de la ligne, ce changement est toujours pénible pour les communautés nous rappelait une militante de l’International Trade Union Confederation.

Alors? Bon COP ou bad COP?

Encore une fois, un accord aura été trouvé après une période de prolongation et un suspense devenu habituel lors de ces vastes négociations internationales. Quel bilan en tirer? Mitigé à première vue. Certes, des avancées importantes ont été réalisées : règles de mise en œuvre, transparence entre les États et financement des mesures d’adaptation pour les pays les plus vulnérables.

Cependant, il n’y a pas eu d’entente en ce qui a trait aux règles de marché (ventre et échange des crédits carbone), mais surtout, un manque total d’ambition. Les négociateurs et les ministres ont été incapables de créer une dynamique afin de revoir à la hausse les objectifs de réduction de GES de chaque pays.

Sans cibles plus ambitieuses des NDC, nous perdons des années précieuses. En ce sens, cette COP est une occasion ratée. Rappelons-nous que selon plusieurs, dont le professeur Jean-Pascal van Ypersele de l’Université de Louvain, les plans de travail de l’ensemble des pays qui sont actuellement sur la table nous donnent – s’ils sont atteints! – un réchauffement global de plus de 3 degrés Celcius. Il était donc irresponsable pour les États de ne pas revoir leurs ambitions à la hausse afin de s’accorder aux conclusions du dernier rapport du GIEC.

Une chose est sûre : le temps presse et nous n’avons pas suffisamment avancé à Katowice. Nous sommes la dernière génération qui peut agir avant d’atteindre le point où les dérèglements seront irréversibles.